Réalisé par: Howard Hawks
Produit par: Howard Hughes
Interprété par: Paul Muni (Tony Camonte, alias « Scarface »)
Ann Dvorak (Cesca Camonte)
George Raft (Guino Rinaldo)
Boris Karloff (Gaffney)
Karen Morley (Poppy)
L'histoire: Chicago, début des années 30, temps de la prohibition. L'ascension sanglante de Tony Camonte, jeune Italien ambitieux et arrogant, au sein de la pègre.
Pour aller plus loin: Le film est bien sûr connu comme étant une biographie romancée de l'ascension d'Al Capone, et comme une transposition de la vie de la famille Borgia dans le Chicago des années 30. Mais l'oeuvre brille pourtant par une grande finesse quant aux caractères des personnages, et par une mise en scène intense, considérée comme expressioniste.
A travers la prise du pouvoir de Camonte, c'est aussi l'enfance éternelle qui est abordée, et son impossibilité. C'est pourquoi l'oeuvre est très interressante à décortiquer, dans toute sa complexité, des personnages, jusqu'à l'utilisation de la lumière et des ombres.
Tout d'abord, les protagonistes. Les personnages brossés dans le film deviendront, certes, les futurs archétypes du genre de film de gangsters (chefs ambitieux et arrogant, femme-objet, policiers prêts à tout pour rétablir l'ordre), mais présentent de nombreuses nuances qui feront parfois défaut à des oeuvres plus tardives.
Le personnage de Tony Camonte, le « héros », est bien évidemment le plus abouti. Il est montré d'emblée comme un homme ambitieux, grossier et violent, attiré par l'argent et le pouvoir. Mais de cet aspect de vulgaire « méchant » de film, le protrait s'affine et révèle, sans pour autant en justifier les actes, un éternel enfant, inconséquent, qui manipule pour obtenir ce qu'il désire, imite caux qu'il admire et veut dépasser, et exprime une totale indifférence face à la mort et à la douleur, qu'il s'agisse de la sienne ou de celle des autres.
Comme le symbole de son rêve enfantin de pouvoir sur les autres, revient fréquemment le néon lumineux « The world is yours », jusqu'à en démontrer l'illusion. On propose même au spectateur l'ébauche d'une explication à cette conduite singulière: Tony n'essaye-t-il pas de recréer la même emprise qu'il a sur sa mère, mais qu'il ne parvient pas à imposer à sa soeur?En effet, ce n'est pas un hasard si il tombe amoureux d'elle en particulier: c'est la seule personne qui lui résiste, et justement parce qu'elle à du courage, contrairement à lui, dont la témérité relève de l'inconscience. A croire qu'il ne réalise sa sanglante ascension qu'uniquement pour lui montrer qu'il est digne d'elle, et qu'il vaut bien mieux que tous les autres types qu'elle meure d'envie de fréquenter. D'où sa surprise, sa déception même, lorsqu'il constate qu'elle lui a préféré son meilleur ami, Rinaldo. C'est d'ailleurs à ause de la mort de Cesca, son double qui vaut en fait mieux que lui, et de la destruction de sa forteresse de petit soldat, qu'il perdra pied, sucombera à une peut enfantine de la mort et finira agonisant sur le trottoir de la ville où il avait cru accomplir son rêve.
Ce personnage, en définitive profondemment romanesque, est secondé par toute une galerie de « spécimens », qui forment à eux tous une faune type de la pègre (tueur froid et professionnel, femme fatale, hommes de mains brutaux, pour n'ne citer que quelques uns). I apparaît alors un élément comique assez surprenant: Gaffney, le secrétaire de Camonte. Il permet de créer des interludes burlesques, mélangeant la comédie au drame. Toutefois, sa mort, brutale, annoncera clairement le dénouement tragique. Autres personnages particuliers: les journalistes. Ils apportent brièvement une touche d'ironie, et sont décrits (comme plus tard dans « La Dame du Vendredi », en 1940) tels des personnes sans scrupules, prêts à toute les infamies pour vendre plus d'exemplaires de leurs torchons.
Le réalisateurs, afin de permettre au mieux l'épanouissement de ses
personnages, recréer une ambiance spécifique au milieu. Il utilise énormemment le symbolisme: Rinaldo joue avec sa pièce comme avec le hasard des balles perdues (scène du restaurant), et Camonte
est balafré ( d'où le « Scarface »), marqué dès le début d'une mort prochaine. La croix revient très souvent, pour annoncer justement la mort des personnages. Ce n'est pas une croix
chrétienne, mais un x, qui marque un emplacement, ou qui pourrait marquer une bête à abattre.
Une première croix
Juste avant le meurtre de Guino Rinaldo
Même Cesca est marquée d'avance
Les assassinats, en raison d'une censure féroce, sont cachés aux spectateurs, et pourtant, le loud silence et l'absence de musique permettent un réalisme glaçant. Le noir et
blanc magnifique offre un jeu sur la lumière inquiétant et très efficace, qui créer une atmosphère particulière, froide mais poisseuse, qui sert énormemment le récit.
Cette oeuvre, malgré ces -seulement- 90 minutes, et ses presque 80 ans
d'âge, est d'une puissance rare, tour à tour burlesque et tragique, qui offre à chaque vision une nouvelle facette de sa splendeur.