Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /Nov /2009 16:10
 

Réalisé par: Howard Hawks








Produit par:
Howard Hughes


Interprété par:
Paul Muni (Tony Camonte, alias « Scarface »)







Ann Dvorak (Cesca Camonte)







George Raft (Guino Rinaldo)







Boris Karloff (Gaffney)

Karen Morley (Poppy)

 

L'histoire: Chicago, début des années 30, temps de la prohibition. L'ascension sanglante de Tony Camonte, jeune Italien ambitieux et arrogant, au sein de la pègre.

 

Pour aller plus loin: Le film est bien sûr connu comme étant une biographie romancée de l'ascension d'Al Capone, et comme une transposition de la vie de la famille Borgia dans le Chicago des années 30. Mais l'oeuvre brille pourtant par une grande finesse quant aux caractères des personnages, et par une mise en scène intense, considérée comme expressioniste.

     A travers la prise du pouvoir de Camonte, c'est aussi l'enfance éternelle qui est abordée, et son impossibilité. C'est pourquoi l'oeuvre est très interressante à décortiquer, dans toute sa complexité, des personnages, jusqu'à l'utilisation de la lumière et des ombres.

Tout d'abord, les protagonistes. Les personnages brossés dans le film deviendront, certes, les futurs archétypes du genre de film de gangsters (chefs ambitieux et arrogant, femme-objet, policiers prêts à tout pour rétablir l'ordre), mais présentent de nombreuses nuances qui feront parfois défaut à des oeuvres plus tardives.

     Le personnage de Tony Camonte, le « héros », est bien évidemment le plus abouti. Il est montré d'emblée comme un homme ambitieux, grossier et violent, attiré par l'argent et le pouvoir. Mais de cet aspect de vulgaire « méchant » de film, le protrait s'affine et révèle, sans pour autant en justifier les actes, un éternel enfant, inconséquent, qui manipule pour obtenir ce qu'il désire, imite caux qu'il admire et veut dépasser, et exprime une totale indifférence face à la mort et à la douleur, qu'il s'agisse de la sienne ou de celle des autres.

Comme le symbole de son rêve enfantin de pouvoir sur les autres, revient fréquemment le néon lumineux « The world is yours », jusqu'à en démontrer l'illusion. On propose même au spectateur l'ébauche d'une explication à cette conduite singulière: Tony n'essaye-t-il pas de recréer la même emprise qu'il a sur sa mère, mais qu'il ne parvient pas à imposer à sa soeur?En effet, ce n'est pas un hasard si il tombe amoureux d'elle en particulier: c'est la seule personne qui lui résiste, et justement parce qu'elle à du courage, contrairement à lui, dont la témérité relève de l'inconscience. A croire qu'il ne réalise sa sanglante ascension qu'uniquement pour lui montrer qu'il est digne d'elle, et qu'il vaut bien mieux que tous les autres types qu'elle meure d'envie de fréquenter. D'où sa surprise, sa déception même, lorsqu'il constate qu'elle lui a préféré son meilleur ami, Rinaldo. C'est d'ailleurs à ause de la mort de Cesca, son double qui vaut en fait mieux que lui, et de la destruction de sa forteresse de petit soldat, qu'il perdra pied, sucombera à une peut enfantine de la mort et finira agonisant sur le trottoir de la ville où il avait cru accomplir son rêve.

     Ce personnage, en définitive profondemment romanesque, est secondé par toute une galerie de « spécimens », qui forment à eux tous une faune type de la pègre (tueur froid et professionnel, femme fatale, hommes de mains brutaux, pour n'ne citer que quelques uns). I apparaît alors un élément comique assez surprenant: Gaffney, le secrétaire de Camonte. Il permet de créer des interludes burlesques, mélangeant la comédie au drame. Toutefois, sa mort, brutale, annoncera clairement le dénouement tragique. Autres personnages particuliers: les journalistes. Ils apportent brièvement une touche d'ironie, et sont décrits (comme plus tard dans « La Dame du Vendredi », en 1940) tels des personnes sans scrupules, prêts à toute les infamies pour vendre plus d'exemplaires de leurs torchons.

     Le réalisateurs, afin de permettre au mieux l'épanouissement de ses personnages, recréer une ambiance spécifique au milieu. Il utilise énormemment le symbolisme: Rinaldo joue avec sa pièce comme avec le hasard des balles perdues (scène du restaurant), et Camonte est balafré ( d'où le « Scarface »), marqué dès le début d'une mort prochaine. La croix revient très souvent, pour annoncer justement la mort des personnages. Ce n'est pas une croix chrétienne, mais un x, qui marque un emplacement, ou qui pourrait marquer une bête à abattre.


       



Une première croix



    




  Juste avant le meurtre de Guino Rinaldo









  Même Cesca est marquée d'avance







    Les assassinats, en raison d'une censure féroce, sont cachés aux spectateurs, et pourtant, le loud silence et l'absence de musique permettent un réalisme glaçant. Le noir et blanc magnifique offre un jeu sur la lumière inquiétant et très efficace, qui créer une atmosphère particulière, froide mais poisseuse, qui sert énormemment le récit.

     Cette oeuvre, malgré ces -seulement- 90 minutes, et ses presque 80 ans d'âge, est d'une puissance rare, tour à tour burlesque et tragique, qui offre à chaque vision une nouvelle facette de sa splendeur.










Par Pauline Bellemain - Publié dans : Hawks, Howard
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Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 20:06

 

Pourquoi choisir Pas de printemps pour Marnie comme premier film à aborder? Tout simplement parce que c'est un film qui m'a profondemment marquée la première fois que je l'ai vu. Il y transparait toute une palettes d'émotions particulières, et la plupart du temps uniquement grâce aux expressions du visage. C'est en ça que je trouve ce film absolument mangnifique.

 

 

 

 

 

 

     Le film sort en 1964, après des succès tels que Les Oiseaux ou Psychose ,

mais rapporte beaucoup moins au box-office que ces deux derniers. Les critiques sont

partagées, car personne ne s'attendait à voir la psychologie des personnages prendre autant de place dans le récit. C'est pourtant en ça que le film est novateur.

En 1960, Hitchcock confie à Joseph Stefano (son scénariste sur Psychose) l'écriture d'un premier scénario, où Grace Kelly est censée interpréter le rôle de Marnie. Hélas, la jeune femme, devenue depuis peu Princesse de Monaco, doit renoncer devant ses obligations politiques. Hitchcock part alors sur un autre projet, actuellement considéré comme l'un de ses meilleurs films, Les Oiseaux.

     En 1963, c'est le scénariste de ce film, Evan Hunter, qui réecrit le script. Après une divergence sur une des scènes avec le réalisateur, il est renvoyé. Hitchcock confie alors la tâche à Jay Presson Allen, scénariste inconnue qui obtiendra plus tard un Oscar pour Cabaret, une comédie musicale de Bob Fosse. Il est enfin satisfait.

Tippi Hedren, vedette des Oiseaux, est alors engagée pour le rôle féminin. Cary Grant est pressenti pour le rôle de Mark, mais il renonce, se trouvant trop vieux (60 ans), et contre toute attente, c'est Sean Connery, star montante grâce au film James Bond contre Dr No, qui gagne les faveurs de Hitchcock.

Le tournage, après avoir été repoussé de quelques jours à cause du deuil national (mort de JFK), peut enfin commencer...

 

L'intrigue:

Marnie est une voleuse compulsive et frigide, changeant continuellement d'identité pour délester ses employeurs. Mais, lorsqu'elle entre comme secrétaire à l'imprimerie Rutland, elle ignore que Mark, le directeur, sait pertinemment ce qu'elle est, et qu'il est amoureux d'elle...

 

Voir le film:

Youtube permet de visionner le film gratuitement, mais en VO sans sous-titre. Pour ceux que ça tente, bonne chance!

 

 

 

 

 

 


La suite sur YouTube! 

 

 

 

 

 

Pour aller plus loin:

     L'oeuvre d'Hitchcock se caractérise par un grand sens du détail et de la précision. On peut donc facilement observer certains aspects du film et les interpréter de manière cohérente.

     Il est interressant de voir qu'Hitchcock a repris l'idéal fantasmé du rêve Américain (ici la belle secrétaire qui épouse le directeur), pour le remettre en question, observer sa lente dégradation et ses faiblesses, avant de le faire renaître sur de nouvelles bases, plus égalitaires, équilibrées et libres, qui conduisent vers le respect de l'autre.

     D'un autre côté, le réalisateur insiste beaucoup sur le lien qui unit la jeune femme à sa mère, qu'elle ne perdra pas, mais ne réussira jamais à rendre vraiment heureuse (scène finale où Bernice demande à Marnie d'enlever sa tête de ses genoux, à cause de la blessure causée d'ailleurs indirectement par Marnie elle-même). C'est un thème recurent chez Hitchcock, la psychologie de la femme semble le troubler énormement

(voir Soupçons, Sueurs Froides ou Les Enchaînés, par exemple).

     Chose surprenante: le personnage de Mark prend une ampleur inattendue par rapport au roman original (Pas de printemps pour Marnie, Winston Graham): il s'étoffe, endossant aussi un rôle de psychanalyste. Il devient d'autant plus ambiguë qu'il tombe d'abord amoureux de la voleuse, plutôt que de Marnie. Il a d'ailleurs le choix: Lil incarne la féminité, le bonheur, elle a un tempérament enjoué, et porte toujours des couleurs vives. Marnie est une héroïne Hitchcockienne: les cheveux d'un blond froid, tirés en des chignons très sophistiqués. Glaciale, peu loquace, tortueuse, nerveuse, elle a un tempérament impossible. Elle est toujours vêtue de couleurs pâles et froides. Si Mark l'épouse finalement et non pas de Lil, qui représente son salut, c'est parce qu'il regrette de ne pas avoir réussit à guérir sa défunte épouse, Estelle, et qu'il espère sauver Marnie, femme à la fragilité sous-jacente. De plus, c'est un passionné de zoologie et d'instinct animal, impatient de jouer au docteur, et qui observe toujours sa femme comme une bête prise au piège. Il n'est pas un prince charmant de conte de fées: c'est aussi un malade, comme le souligne Marnie dans une des scènes, et le film ne décrit non plus seulement le chemin de croix d'une femme kleptomane et frigide, mais aussi celui d'un homme tiraillé entre sa culpabilité d'avoir survécu à sa première femme et le désir de continuer à vivre, qui se déguise sous un humour sarcastique et des manières d'homme virile, caricature de l'idéal masculin de l'époque, et qui finira par trouver un sens à sa vie dans l'amour et le dévouement qu'il porte à sa femme.

     Au de là du scénario lui-même, Hitchcock semble particulièrement inspiré dans sa réalisation. Il semble avoir puisé son imagerie dans le courant Expressioniste Allemand des années 20-30, s'inspirant d'un autre metteur en scène qu'il a toujours admiré, Fritz Lang.

     On voit dans cet exemple un décor semblable, expressioniste et aussi peu réaliste:

(voir les bandes derrière: c'est un peu tiré par les cheveux, mais bon...)

 

 Métropolis, 1926 (Fritz Lang)

 

 Pas de printemps pour Marnie, 1964 (Alfred Hitchcock)



Là, la déformation de l'image utilisée aussi differement dans la scène de l'escalier de Sueurs Froides :

 

Le cabinet du Docteur Caligari, 1919, Robert Wiene

 

                                                 Pas de printemps pour Marnie, 1964 (Alfred Hitchcock)

 

Sueurs Froides,

A.H. 1958

 

 

 

 

 

     Ce courant, influencé par d'autres mouvements en parti littéraires tels que le Dadaïsme et le Surréalisme, abordait souvent des thèmes en rapport avec le choix, le doute et la culpabilité.

     Pour rester dans une même continuité, son film reprend donc des thèmes comme la maladie mentale, le trouble causé par l'enfance, et on y retrouve aussi un important jeux sur le symbolisme, les couleurs, l'éclairage et les décors peints à la main.

François Truffaut, cinéaste Français, analysa Pas de printemps pour Marnie comme un « film » malade, c'est à dire selon lui un chef-d'oeuvre en puissance, mais avorté, à cause de l'ambition et des conflits sur le tournage.

 

     Hitchcock à l'art de créer une ambiance particulière, de tension. Ainsi, il enferme ses héros dans des lieux clos (voitures, bateaux, chambres) auxquels il ajoute souvent de l'orage, donnant l'impression de se retrouver dans une bulle de tension.

     Parallèlement, il oblige les personnages à la retenue et aux chuchotements en les plaçant dans des endroits bondés (réception, restaurant, bar d'hôtel), les empêchant ainsi de s'exprimer totalement, alors qu'ils bouillonnent en eux même.

     La musique joue aussi un rôle très important: Bernard Herrmann est un des plus fidèles collaborateurs d'Hitchcock, et sa musique s'adapte toujours merveilleusement bien aux scènes. C'est une musique romantique, inspiré notamment par Stravinsky, reconnaissable parmis toutes les autres.

     Le thème original de Marnie s'impose souvent brusquement dans une scène, exprimant de cette façon les sentiments violents qui envahissent l'héroïne. Il est ensuite remanié et distillé pour créer une musique de fond, plus douce.

 

     L'expression des émotions est donc très importante. Elle passe par le symbolisme, méthode relative encore à l'Expressionisme Allemand. Marnie est donc très réactive à une couleur en particulier, le rouge. Il évoque son traumatisme enfantin, et apparaît sous différentes formes (fleurs, encre, vêtement) qui la plongent dans une très grande angoisse. Toutes les autres couleurs ont été atténuées pour mettre le rouge en valeur.

     D'autres moyens symboliques sont utilisés pour suggérer le caractère des personnages ou leurs pensées: ainsi, Marnie est toujours gantée (frigidité) ou porte ses ongles longs (aggressivité). Elle, blonde, affronte continuellement la brune Lil. Mark réalise qu'il est amoureux de Marnie juste après que les objets favorits de sa femme défunte n'ont été détruits dans la chute de l'armoire qui les contenait.

     Les portes s'ouvrent et se referment, claquent, donnant du dynamisme à la photo. Cela annonce aussi le moment où les secret vont être révélés, et s'ouvrirent aux spectateurs et aux autres personnages. La clef est aussi un symbole très présent: elle ouvre non seulement les coffres, mais aussi les portes, et pourquoi pas la mémoire de Marnie? Tout c'est symbole sont suggérés aux spectateurs par de très gros plans silencieux.

     Et justement, les cadrages en gros plans sont essentiels: pour que le spectateur ne soit pas complétement perdu et déboussolé, la caméra se concentre sur des points bien particuliers. Les mains de Marnie qui ouvrent un coffre, tentent de prendre des billets, tournent une clef dans la serrure d'une porte, servent le thé, ou se saisissent d'un revolver. On voit parfois ses pieds, qui poussent ou cache quelque chose, se plie quand ils n'arrivent plus à résister. Encore une fois Hitchcock transforme le spectateur en voyeur et en complice.

     Puis la caméra se déplace sur le regard des personnages. Celui de Marnie, fuyant, perçant ou appeuré, puis celui de Mark, tour à tour ironique, rassurant ou inquiétant. Le dialogue est à peine nécessaire, il n'apporte qu'une touche d'humour sarcastique ou noir. Les visages expriment ce que la parole ne peut pas dire: c'est presque un film muet. Il suffit d'observer les traits tout à coup tendus de Marnie pour comprendre immédiatement ce qu'elle s'apprête à commettre. Parfois le sourire de Mark semble différent: il n'est plus optimiste comme la plupart du temps, mais il montre le plaisir qu'il prend à pièger sa femme, à l'étudier. Puis juste après se bref regard dérangeant, son visage se décompose devant la douleur de son épouse et laisse soudain entrevoir une fragilité qu'il ne parvient plus à dissimuler, ainsi que l'amour sincère qu'il porte à Marnie.

Par Marlène Montgomery - Publié dans : Hitchcock, Alfred
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Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 18:21
Bonjour, et Bienvenue!
Par Marlène Montgomery
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